Les « Articles du mois » sont de retour en 2025 ! Chaque mois, un(e) doctorant(e) ou post-doctorant(e) et sa publication seront mis en avant ici. Plus d’informations pour soumettre votre article en cliquant ici.


Ce mois-ci, nous vous présentons Valentin Thevin et son article « An intestinal Th17 cell-derived subset can initiate cancer » (Nature Immunology, 2024)

Le TGF-β agit comme un « frein » à la génération d’une sous-population de Th17 cancérigène dans l’intestin grêle.

 

Environ 25% des cancers apparaissent à la suite d’une inflammation chronique localisée. Toutefois, les mécanismes expliquant ce lien établi entre l’inflammation chronique et le développement tumoral restent pour l’heure incompris.
Dans cette étude, Valentin Thevin, doctorant au Centre de recherche en cancérologie de Lyon, Olivier Fesneau et leurs collègues sous la direction de Julien Marie, se sont interrogés sur le rôle précis des cellules immunitaires dans ce processus en se focalisant sur les lymphocytes Th17, qui participent normalement à la défense contre les infections dans l’intestin.

Les auteurs ont mis en évidence l’existence de huit sous-populations différentes de Th17 dans l’intestin grêle. Dans un intestin sain, le TGF-β, cytokine immunosuppressive abondante au sein de la muqueuse intestinale, agit comme un « frein » qui empêche l’une de ces sous-populations d’acquérir un profil de type « Th1 » caractérisé par l’expression du facteur de transcription T-bet et par la production d’IFN-γ, cytokine effectrice essentielle au développement de la tumeur observé au niveau duodénal. L’excès d’IFN-γ agit principalement par l’induction de dommages à l’ADN des cellules épithéliales du duodénum. Ces lésions génétiques, cumulées à l’inflammation persistante, favorisent la transformation des cellules duodénales normales en cellules cancéreuses. L’absence de TGF-β produites par les cellules épithéliales intestinales facilite cette transition vers le profil Th1.

Ces résultats, principalement obtenus chez la souris, suggèrent donc que le maintien de la signalisation TGF-β dans les cellules Th17 est crucial pour empêcher leur dérive vers un état pro-tumoral. La localisation précise du développement tumoral de ce modèle inflammatoire permettra des études plus approfondies sur le développement des cancers du duodénum chez l’Homme. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies préventives et thérapeutiques ciblant précisément ce basculement cellulaire.

📄🔗 Pour en savoir plus, retrouvez l’article ici : https://www.nature.com/articles/s41590-024-01909-7

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[Janvier]

Nous démarrons la saison par Kilian Maire et son article « Fine-tuning levels of filamins a and b as a specific mechanism sustaining Th2 lymphocyte functions » (Nature Communications, 2024)

Inhiber la migration des lymphocytes Th2 vers le poumon : une piste prometteuse dans l’asthme de type 2 !

 

L’asthme, maladie inflammatoire aux conséquences parfois dramatiques, est lié à l’activité exacerbée des lymphocytes Th2 dans les poumons. Ces cellules sont à l’origine des réactions délétères en produisant des cytokines qui favorisent le recrutement d’autres cellules immunitaires, l’augmentation de la sécrétion mucus et le remodelage tissulaire à l’origine du rétrécissement des bronches. Bien que des traitements existent (anticorps monoclonaux, ciblage des cytokines etc…), leur coût élevé reste un frein majeur.

Dans cette étude, Kilian Maire, doctorant à l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (INFINITY, Toulouse), et son équipe sous la direction de Pierre Lutz et Isabelle Lamsoul, se sont penchés sur le rôle de l’ubiquitine ligase ASB2α, une enzyme exprimée spécifiquement par les lymphocytes Th2, qui induit la dégradation des filamines A et B. Ils ont montré qu’un faible niveau de ces protéines favorisaient la migration des lymphocytes Th2, dépendante des intégrines αVb3, vers les sites inflammatoires. Inversement, l’accumulation des filamines A et B dans les lymphocytes Th2 déficients pour ASB2α diminue leur dynamique migratoire. Chez des souris soumises expérimentalement à une inflammation des voies respiratoires, la perte d’ASB2α dans les lymphocytes Th2 entraîne une diminution de leur recrutement dans les poumons enflammés ainsi qu’une atténuation de la réponse inflammatoire de type 2. Une piste prometteuse qui ouvre la voie au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, notamment par le développement de petites molécules ciblant ASB2α, une alternative potentiellement plus économique aux traitements actuels.

Cette étude illustre l’intérêt d’une approche multidisciplinaire pour mieux comprendre les mécanismes moléculaires et cellulaires associés à la réponse inflammatoire de type 2 et donc au développement de l’asthme. Tout en tirant profit de son expertise en biochimie acquise au cours de sa formation académique, Kilian Maire a su mettre en œuvre, au cours de sa thèse, différentes approches en immunologie pour élucider le rôle le l’axe ASB2α-filamines A/B dans la réponse inflammatoire de type 2.

📄🔗 Pour en savoir plus, retrouvez l’article ici : https://www.nature.com/articles/s41467-024-53768-3