En mémoire de Laurence Weiss,
une immunologiste de conviction au cœur de la lutte contre le VIH
Notre communauté a eu la grande tristesse d’apprendre la disparition de la Professeure Laurence Weiss le 8 mars 2026, à l’âge de 68 ans. Figure marquante de l’immunologie clinique et du VIH/sida, sa disparition laisse un profond sentiment de perte pour ses collègues, ses étudiants et les patients qu’elle a accompagnés pendant des décennies. Avec une énergie sans bornes, tant dans ses activités de recherche que dans sa pratique clinique, Laurence Weiss a toujours placé les patients au cœur de son travail, guidée par une grande exigence envers elle-même, un sens aigu de la rigueur scientifique, et une profonde humilité.

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Dès les débuts de l’épidémie du VIH en France, c’est aux côtés de Michel Kazatchkine, à l’hôpital Broussais, qu’ils ouvrent une première consultation pour les patients alors dits « LAV-positifs », marquant le début d’un long combat, dans un contexte particulièrement difficile où les options thérapeutiques étaient alors très limitées. Elle a ensuite contribué au développement du Service d’Immunologie clinique de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), dont elle a pris la direction à partir de 2007, avant de rejoindre l’Hôtel-Dieu.
Très engagée, elle a notamment tenu tout au long de sa carrière la « consultation du soir », permettant aux personnes vivant avec le VIH de se soigner sans avoir à justifier leurs absences répétées auprès de leurs collègues et employeurs. Elle aura œuvré avec énergie et détermination pour l’accès aux soins et la défense des droits des personnes vivant avec le VIH, apportant son soutien aux militants et associations de patients, notamment en faveur des populations migrantes et précaires. Elle s’est particulièrement investie dans la réduction des risques chez usagers de drogues, un combat débuté dans le quartier Broussais et poursuivi jusqu’au Vietnam.
Au sein du laboratoire de Françoise Barré-Sinoussi à l’Institut Pasteur, Laurence Weiss a mené des travaux de recherche sur la régulation des réponses immunes, notamment dans les phases précoces de l’infection. Après ses travaux pionniers sur les cellules Tregs dans ce contexte, elle a porté un intérêt particulier aux mécanismes de contrôle de l’activation immunitaire systémique, persistante sous traitement et associée aux comorbidités cardiovasculaires. Toujours avec une même exigence : inscrire ses recherches au service des patients, du laboratoire aux essais cliniques.
Par ailleurs, Laurence Weiss a également été très impliquée au sein de diverses instances, notamment à l’ANRS, jusque récemment lors de la pandémie COVID-19, mais aussi à l’international, en Afrique, en Amérique du sud et en Asie du Sud-Est, tout particulièrement au Vietnam. Elle a contribué à l’élaboration de nombreux avis consultatifs à destination des autorités de santé et des cliniciens. Passeuse du savoir, elle s’implique dès sa création dans le comité de rédaction des revues “Transcriptases” et “Swaps“, éditées par l’association Pistes (aujourd’hui “VIH.org“), où elle apporte sa culture scientifique et des analyses rigoureuses.
Laurence Weiss était reconnue pour son énergie, sa soif de comprendre, sa capacité à améliorer concrètement la prise en charge des patients et pour sa générosité dans la transmission de son savoir, inspirant ainsi plusieurs générations de cliniciens et de chercheurs. Enfin, ce qui la rendait unique, c’est aussi son caractère bien trempé, ainsi qu’un un sens de l’humour aiguisé, assorti d’un sourire et d’un rire singulier reconnaissable entre mille. Fidèle, attentive et profondément humaine, elle savait écouter, encourager et soutenir, avec bienveillance et exigence, la carrière de celles et ceux qu’elle a fait grandir. Elle laisse le souvenir d’une scientifique et clinicienne exceptionnelle, d’une militante aux convictions chevillées au corps, et d’une femme de cœur brillante, dont l’engagement, l’exigence et l’humanité laisseront une empreinte indélébile chez tous ceux qui ont eu la chance de croiser sa route.
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